Versailles à Topkapı

Echos des palais baroques

Nos quatre musiciens, un joueur de sétar explorateur – Kiya Tabassian ; un gambiste féru d’improvisations – Pierre-Yves Martel ; une virtuose de qanûn au jeu raffiné  – Didem Başar ; un percussionniste grisé de musiques renaissantes – Ziya Tabassian, vous invitent à cheminer à leur suite entre la cour de Versailles et le Palais de Topkapı, sérail des sultans ottomans d’Istanbul.

Tissé autour de la musique de deux grands compositeurs de l’époque baroque, le génie français Marin Marais (1656-1728) et le prince moldave Demetrius Cantemir (1673-1723), ce répertoire s’articule autour d’arrangements musicaux exceptionnels et d’improvisations signés Constantinople, entremêlant deux mondes aux consonances contrastées mais harmonieuses. Une ère et un art, tout en lumière !

À la fois enlevée et d’un raffinement extrême, la musique de l’époque baroque ressemble au vol d’un papillon. Chaque mouvement, chaque détail est pesé, calculé, la composition de chaque passage est envisagée dans ses rapports aux autres mouvements et au regard de l’ensemble de la pièce.

Étonnamment, des similitudes apparaissent dans la musique baroque française et la musique Ottomane élaborée à la même époque. Que l’on vive en France à la cour de Louis XIV ou à l’époque de Ahmet III, sultan de l’Empire Ottoman, les compositeurs des deux ères culturelles se rejoignent dans une préoccupation commune d’où émerge toute la beauté des oeuvres de cette époque : une recherche poussée du détail et une grande finesse des contours mélodiques.

 

PROGRAMME

Mahur pishrow (Demetrius Cantemir, Collection de notation # 289, Kitab-i Ilmu’l-Musiki ala Vechi’l-Hurufat, ca. 1700)

Muzette (Marin Marais, Pièces de viole, Quatrième livre, n°28, 1717)

 

La Biscayenne (Marin Marais, Pièces de viole, Quatrième Livre, n°55, 1717)

La Sautillante (Marin Marais, Pièces de viole, Quatrième Livre, n°30, 1717)

Zengule pishrow (Demetrius Cantemir, Collection de notation # 302, Kitab-i Ilmu’l-Musiki ala Vechi’l-Hurufat, ca. 1700)

Le Basque (Marin Marais, Pièces de viole, Quatrième Livre, n°39, 1717)

 

Gigue la Pagode (Marin Marais, Cinquième livre, n°67, 1725)

Muzette (Marin Marais, Pièces à trois violes, Quatrième Livre, 1717)

Buzurk pishrow (Demetrius Cantemir, Collection de notation # 332, Kitab-i Ilmu’l-Musiki ala Vechi’l-Hurufat, ca. 1700)

La Polonaise (Marin Marais, Pièces de viole, Second Livre, n°40, 1701)

 

Bestinigar pishrow (Demetrius Cantemir, Collection de notation # 281, Kitab-i Ilmu’l-Musiki ala Vechi’l-Hurufat, ca. 1700)

Buselik Ashirani pishrow (Demetrius Cantemir, Collection de notation # 271, Kitab-i Ilmu’l-Musiki ala Vechi’l-Hurufat, ca. 1700)

 

Couplets de folie (Marin Marais, Pièces de viole, Second Livre, n°20, 1701)

 

 

MARIN MARAIS

«Marais Marin, célèbre violiste, né à Paris, en mars 1656, fut d’abord enfant de choeur à la Sainte-Chapelle du Palais, puis devint élève de Hottemann, et en dernier lieu de Sainte-Colombe, pour la viole. Lully lui donna aussi quelques leçons de composition, particulièrement pour le style dramatique. En 1685, il entra dans la musique de la chambre du roi, en qualité de viole solo et conserva cette place jusqu’en 1725. […] Trois ou quatre ans avant sa mort, Marais se retira dans une maison qu’il avait achetée rue de l’Oursine, pour y cultiver des fleurs. Il donnait cependant encore des leçons de viole deux ou trois fois chaque semaine.[…] 

La basse de viole, cultivée en France avec succès par Hottemann, avait acquis de nouvelles ressources sous la main de Sainte-Colombe, Desmarets et du Buisson; mais Marais alla plus loin que ces artistes dans l’art de jouer en harmonie sur ce bel instrument. Il y ajouta la septième corde, qui n’était point en usage avant lui. On dit aussi qu’il fut le premier violiste qui fit filer en fil de laiton les trois grosses cordes de l’instrument pour leur donner plus de tension et conséquemment plus de sonorité sans en augmenter la grosseur, et sans leur donner trop d’élévation au-dessus de la touche.»

Notice tirée d’un célèbre dictionnaire musical français du 19e siècle écrite par François-Joseph Fétis.

 

DEMETRIUS CANTEMIR

Demetrius Cantemir (1673-1723), prince de Moldavie, brillant homme de lettres et de sciences roumain, et son fils Antiochus, fondateur de la poésie russe moderne et ambassadeur de Russie, se sont relayés dans la traversée d’un continent : l’un d’Istanbul à Moscou et Saint-Petersbourg, l’autre allant plus loin vers l’Ouest.

Précurseur et visionnaire, Demetrius Cantemir participa activement au rapprochement des cultures par son activité d’encyclopédiste, philosophe stoïcien, historien, linguiste, ethnographe, géographe ou encore compositeur.

Sa mémoire exceptionnelle est remarquée à la cour de Constantinople, où il passa plus de vingt ans en tant que «gage» («otage» conformément à la tradition incombant aux familles princières sous tutelle ottomane). Il y parachève ses études et son apprentissage de onze langues occidentales et orientales.

Il rédige notamment le premier livre consacré à l’histoire de la musique orientale, l’accompagnant d’exemples de mélodies conçues par lui-même. Il transcrivit ainsi 350 compositions au moyen d’un système qu’il inventa, inspiré d’une notation mevlevi.

Photos