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De Castille à Samarkand Le 23 mai 1403, Clavijo et ses compagnons quittè rent le port de Cadix aux bords d'une caraque pour se rendre à la capitale d'Asie, la ville de Samarkand. C'était la mission que Henry III avait donné à son ambassadeur, Clavijo, homme noble, courtois et éloquent: avec cette ambassade, le roi de Castille envoyait des lettres officielles dans lesquelles il exprimait son souhait de développer des relations d'amitié avec l'empereur Tamerlan, lettres accompagnées il va sans dire de nombreux présents. L'expédition fut de retour à Castille 34 mois plus tard, le 24 mars 1406. Clavijo entreprit d'écrire son journal de voyage dè s le premier jour et poursuivit jusqu'à la derniè re journée de cette mission. Il y décrivit avec constance et minutie les détails des endroits visités ou traversés, des événements marquants, de ses rencontres. Ce cahier de voyage, à part sa grande valeur littéraire, due certainement au talent de Clavijo pour le récit et à sa maîtrise exceptionnelle de la langue castillane médiévale, nous laisse les traces d'un parcours à la fois symbolique et inspirant. Il nous éveille d'abord à un désir d'harmonie et de rapprochement de la part des dirigeants de deux puissances, autant dire deux continents, l'Asie et l'Europe, et montre surtout l'ouverture et la vision d'un homme tel Clavijo, qui traversa en quelques années de multiples pays par de multiples moyens... Ce cahier de voyage a donc été le point de départ de notre projet De Castille à Samarkand. Nous avons souhaité reprendre l'itinéraire de Clavijo pour nous plonger dans la richesse musicale qu'il renfermait et examiner de l'intérieur, dans son contexte, les traditions musicales de l'époque des Timurides, de la Transoxiane jusqu'à l'ouest de la Méditerranée, l'Espagne. Ce projet a traversé l'imaginaire de chacun de nous, alors que nous nous sommes trouvés là, devant la splendeur des lieux, des odeurs, des paysages et des peuples parsemés le long de la Route de la Soie. Ici, l'ensemble Constantinople pose un regard original sur la musique du XIIIe au XVIe siè cles en Espagne, en Italie, en Grè ce, en Turquie, en Arménie, en Perse et en Ouzbékistan, et s'appuie sur des recherches musicologiques basées sur des manuscrits originaux. Ces recherches sont jumelées à une approche vivante de la tradition musicale de ces cultures. Toutes époques confondues, on s'est plu à considérer le XVe siè cle comme étant l'âge d'or de la musique persane et de la musique d'Asie centrale. Les cours des rois Tamerlan, Baighara et Shahrokh accueillaient et éduquaient alors les musiciens, les compositeurs et les théoriciens les plus remarquables de l'Histoire de la musique orientale. En parallè le, l'Europe méditerranéenne foisonnait de musiques monodiques et l'apogée cet art se reflétait dans des oeuvres telles que le corpus des Cantigas de Santa Maria, un recueil d'estampies italienne et françaises. Ainsi, nous avons pris ce trajet célè bre et l'avons transformé en une sorte de périple musical. En nous alimentant des sources d'époque, tant musicales qu'historiques, des régions parcourues par Clavijo, nous avons essayé de revisiter son chemin, à notre maniè re, en musique. Louange à la mer est une piè ce basée sur plusieurs cantigas, reliés entre eux par de nouveaux éléments mélodiques. Barrabamet Vermiculussont des compositions originales inspirées de ces sources remontant au Moyen-âge, tandis que Parfum des steppesregroupe plusieurs chants et mélodies recueillis en Grè ce et en Turquie. Les pishrow Kurdi et Beyati sont des compositions qui nous parviennent de deux sources manuscrites des plus importantes de la musique ottomane et persane du XVe au XVIIe. Il s'agit de la collection de Dimitrius Cantemir et du livre Suz o Saz d'Albert Bobowsk (Ali Ufki, aprè s sa conversion à l'islam). Le pishrow Kurdi est une composition du Sultan Korkutet le Beyati est une oeuvre anonyme dont Cantemir nous indique que le compositeur était iranien et que, par sa forme et son style, on l'attribuerait généralement aux premiers musiciens iraniens ayant vécu à Constantinople au début du XVIe siècle. Bien que ces oeuvres soient de quelques décennies plus tardives que le voyage de Clavijo, elles représentent tout de même bien, selon nous, l'environnement musical de Constantinople lors du passage de Clavijo. Osoul et Hodi, toutes deux dans le mode tchâhâr-gâh, font aujourd'hui partie du répertoire (Radif) de la musique persane. Ces piè ces anonymes sont considérées parmi les plus anciennes de cette tradition musicale. L'ivresse de Koumis est une synthè se entre un chant des Cantigas de Santa Maria (le no 52) et le mode persan, le tchâhâr-gâh. Gachyari Garalaret Ranolan Masunsont des chants ouzbeks toujours vivants et chantés par les musiciens ouzbeks. Nous achè verons notre périple par une piè ce qui regroupe trois cantigas et dans laquelle nous avons tenté d'illustrer en son les moments forts et les émotions qu'aurait pu vivre Clavijo, et aussi d'évoquer les musiques entendues tout au long de son voyage. © Kiya Tabassian
Constantinople |
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