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Mon jardin est mon œuvre. Ma mémoire est la terre de mon Jardin. Tout ce
qui pousse sur cette terre, y garde les racines et déchire le sol pour aller
ailleurs, pour s'unir à l'univers. Musique persane, parcours d'écoute La musique savante persane, comme les autres formes d'art persan, est avant tout un art de réflexion. Cette réflexion opère dans un univers du déjà réfléchi. Elle se veut comme moteur générateur de cet art et se situe au centre de son cercle de création. Nadjméddine Razi*, dans son traité Marmouzâté-assadi dar mazmourâté-dâvoudi définit ainsi la création : «Écoute pour savoir, sache pour faire, fais pour avancer, avance pour arriver, arrive pour trouver, trouve pour te perdre, perds-toi pour t'y retrouver, retrouve-toi pour (te)connaître, connais(toi) pour aimer, aime pour être aimé; à ce moment tout se démystifiera». C'est aussi le chemin que le musicien parcourt pour arriver à interpréter une musique qui lui est propre. L'artiste se retrouve au milieu d'un univers trouvé et réfléchi par lui-même; il se détache de ces éléments connus pour, en se retrouvant, y faire une réflexion et ainsi créer de la musique. C'est à partir de ce centre que le musicien bâtit un cercle avec ses blocs de réflexion. Ainsi, la forme dans la musique persane se définirait dans le cadre d'un développement modulaire, par blocs plutôt que dans celui d'un développement linéaire. Donc, c'est la superposition de différents éléments les uns à côté des autres qui constitue la forme. Le musicien, dès le début de sa performance, ne se prépare pas nécessairement à se diriger vers un point culminant qui se retrouverait à l'autre bout de la ligne. Il essaie plutôt de bâtir, à partir d'un centre, un tout, un jardin où différentes fleurs cohabiteraient les unes à côté des autres. Dans la pensée de cette musique, il y a l'absence de drame et donc du point culminant. Ces éléments cèdent leur place à un caractère plus mystique et plus méditatif de l'événement où l'auditeur est invité à la jouissance. Une telle sorte de réflexion se base sur le moment présent. Le créateur qui se retrouve au milieu du cercle ressemble à un penseur (est un penseur) qui médite sur l'univers de ce cercle. Donc, l'état d'âme qu'il crée est celui du moment et du lieu présent et non une reproduction d'un état d'âme vécu ou senti jadis. Une musique ainsi vécue et créée, même dans un contexte d'enregistrement, prend vie et entre dans une dimension éternelle. © Kiya Tabassian * Mystique persan du 13e siècle
Kiya Tabassian, setar |
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