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L'approche Bien que l'on puisse prendre en compte la somme colossale de travail effectué depuis des décennies par les musicologues et les éthnomusicologues sur l'histoire et l'interprétation de la musique du Moyen Âge et de la Renaissance, il n'en reste pas moins que le défi rencontré par les interprètes, celui de faire revivre cette musique, reste immense et pose encore de nombreux problèmes dont les solu-tions ne sont définitivement pas d'ordre historique. Les siècles qui nous séparent de la pratique instrumentale de ces époques ne nous permettent pas un retour pur dans le passé. À mon avis, il est difficile de prétendre à une interprétation authentique telle quelle. On peut néanmoins tenter de comprendre le langage musical du passé et rejoindre l'esprit de la pratique musicale de ces époques lointaines en donnant une nouvelle vie à cette musique par une sorte de «détour», celui de la réinterprétation. Lorsque cette musique revit par l'intermédiaire d'interprètes d'aujourd'hui, il s'établit alors un pont entre le passé et le présent. L'authenticité n'est pas tant dans le style de l'exécution que dans l'acte physique qu'est l'exécution instru-mentale puisque celui-ci m'apparaît comme le véritable symbole de cette vie sociale qui se perpétue depuis des siècles par l'intermédiaire de la musique. Cet acte est un parcours humain extraordinaire à vivre, mais il comporte des difficultés pour le musicien. Ce dernier doit, en effet, concilier trois éléments essentiels à l'acte de recréation, mais dont les données fondamentales ne cohabitent pas forcément très bien : la pensée (ou l'esprit), les sens (ou le physique) et l'instrument (l'outil). La pensée se traduit ici par la connaissance du langage et du texte. Elle est en fonction lors de l'étape de recherche, de réflexion et d'é-tude sur le sujet. Elle permet d'acquérir une relative connaissance du passé afin de réaliser une analyse des aspects scientifiques, philosophiques, sociaux et historiques de l'oeuvre. Les sens favorisent la compréhension du moment présent. Ce sont les sensations qui émanent des sons. Les sentiments que procure la pratique musicale influencent le musicien dans sa pratique de façon irrationnelle. L'instrument est un outil qui constitue un monde en soi. Chaque instrument possède une histoire et porte en lui un héritage qui doit être assumé par le musicien. Il faut donc connaître cet héritage et l'intégrer à son histoire pour pouvoir maîtriser parfaitement l'instru-ment. Ce n'est qu'à cette condition que le musicien fera corps avec son instrument pour ne former plus qu'un et ainsi mettre à profit l'expérience intellectuelle et sensuelle pour redonner vie à la musique du passé tout en créant un moment présent riche d'une nouvelle expérience esthétique. Ces trois éléments sont indissociables et jouent le rôle de filtres. Ces filtres «de vie» nous permettent de faire renaître ce répertoire ancien qui nous parvient par le biais des manuscrits d'époque et d'une tradition orale millénaire qui justifie toute l'importance de cette musique. C'est sur ces assises esthétiques que l'ensemble Constantinople suggère à l'auditeur une vision toute personnelle de ce répertoire bien vivant. © Kiya Tabassian
Kiya Tabassian, sétar |
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