Voyages musicaux de Marco Polo

Par En Chordais et Constantinople

Imaginé et orchestré par Kyriakos Kalaitzidis, en collaboration avec Kiya Tabassian, cette aventure musicale vous entraînera dans les traces du célèbre marchand vénitien Marco Polo. Inspirée et inspirante, cette nouvelle création se repose sur un dialogue des cultures musicales incarnées par les deux ensembles de renommées internationales, EnChordais (Grèce) et Constantinople et leurs invités prestigieux de l’Italie, de la Mongolie, de l’Inde et de la Chine. Du cœur de l’Europe à l’Extrême-Orient, les aventures de Marco Polo retracent une époque fascinante de l’histoire de l’homme.

Ce spectacle intègre des projections interactives et la narration d’un texte poétique de Vassiliki Nevrakoplis décrivant les fabuleux voyages de Marco Polo et sa rencontre marquante avec Kublai Khan.

Les Voyages Musicaux de Marco Polo

 Marco Polo naquit à Venise en 1254. Son père, Niccolò, et son oncle, Mafféo, commerçants réputés, ont voyagé jusqu’à la capitale du grand Khan de l’empire mongol, Kublai Khan, en 1266. Au printemps de 1269, pendant leur retour en Méditerranée, les deux frères se présentèrent devant le pape Grégoire X à l’Acre de Palestine et lui communiquèrent l’intérêt vif de Kublai Khan pour le christianisme. Kublai avait en effet demandé une centaine de prêtres et le plus sacré parmi les reliques chrétiens: un peu d’huile venant de la lampe du sépulcre de Jésus, ayant pour but de convertir ses ressortissants au christianisme. Pour leur nouveau voyage vers l’extrême Orient les deux frères ont pris avec eux Marco, un adolescent âgé de quinze ans. Ils arrivèrent au palais du grand Khan six ans plus tard, après un voyage aventureux, en ramenant au grand Khan l’huile bénite et les lettres du pape Grégoire. Marco est resté environ dix-sept ans au pays lointain et avec le temps il gagna la faveur de l’empereur en devenant son conseiller le plus proche. Il a même voyagé plusieurs fois en tant qu’envoyé du Khan afin de résoudre des affaires commerciales ou politiques de son vaste empire.

Tout au long de ses voyages Marco Polo traversa plusieurs endroits et entra en contact avec des personnes et des cultures diverses. Cette mosaïque culturelle  l’impressionne et étend en même temps ses horizons. Ainsi ces voyages deviennent une expérience de connaissance de soi et d’auto-détermination. Lorsqu’en 1290 une princesse mongolienne partait en Perse pour se marier avec l’hégémon du pays, les Polos se sont offerts à l’accompagner. Kublai Khan était désormais dans une vieillesse profonde et il n’était pas du tout évident que le changement au trône favoriserait les Vénitiens, qui pourtant avaient fidèlement offerts leurs services pendant des années. Le voyage épisodique de leur retour les ramène en Venise en 1295. Là-bas un conflit entre Vénitiens et Génois rend Marco prisonnier de ces derniers. Partageant la même cellule que Rustichello de Pise, auteur connu de l’époque, il lui raconta l’histoire de ses aventures. Peu de temps plus tard il se libéra et rentra à Venise, où il rendu son âme dans le calme en 1324.

Le livre contenant les voyages de Marco Polo, que l’on trouve d’habitude sous les dénominations «Devisement du monde» ou «Le Livre des merveilles», a été copié en d’innombrables manuscrits grâce auxquels il s’est rapidement propagé partout à travers l’Europe. Il a été lu avec passion et excita l’imagination des lecteurs grâce à ses récits incroyables pour l’époque. Le texte a ensuite suscité l’intérêt de la communauté scientifique qui avec le temps a réussi à confirmer dans une grande mesure les péripéties incroyables du grand voyageur.

En ce qui me concerne personnellement, la lecture du livre a été la source d’inspiration artistique, d’un tâtonnement sur les routes de la soie. La première représentation officielle de l’oeuvre a eu lieu le 31 octobre 2009 au Hong Kong City Hall Concert Hall et a été rendue possible grâce à la commande du Silk Road Art Music Festival organisé par le Leisure and Cultural Services Department of Hong Kong.

En bref, l’idée générale initiale s’est transformée en une quête créatrice : “Que serait-il advenu si Marco Polo était un compositeur ou, du moins, un musicien ?”. Donc, au lieu de jongler à partir de ses mémoires musicales hypothétiques, j’ai décidé d’aller plus en avant. D’ailleurs, l’environnement musical des pérégrinations du marchand vénitien est parvenu jusqu’à nous sans changements spectaculaires. L’on pourrait en donner une représentation sans grandes difficultés.

C’est d’une manière quasi inconsciente que j’ai été amené à explorer les processus intérieurs qui  maintiennent avec insistance un être humain sur la route du voyage. Une interrogation aussi ancienne qu’Ulysse mais aussi actuelle, surtout à notre époque. Quelques jours avant de transmettre l’enregistrement à mon éditeur, je me suis rendu compte que mon interrogation ainsi que les incertitudes qui lui sont liées, ne constituent pas un thème distant, mais plutôt une affaire fort personnelle. En fait, tout en approfondissant la personnalité de Marco Polo, je réalisais une plongée dans mon fors intérieur. Certes, les mélodies et les chants que j’ai composés s’initient dans le voyage du Vénicien, dans les lieux qu’il a traversés et leurs “arômes acoustiques”, mais ils sont principalement centrés sur le voyage en tant que tel ainsi que sur l’écoulement inexorable du temps, qui se dilate loin de notre lieu et combien plus encore lorsque nous sommes perpétuellement en mouvement … Ils sont à l’écoute des pensées et des désirs, de l’éveil des sens par le déluge des expériences. Ils s’inspirent des diverses pérégrinations intérieures du Voyageur – tels qu’elles se reflètent dans les angoisses de l’homme d’aujourd’hui -, de son regard sur les hommes et les choses, tout ce qui finalement constitue un “principe de vie”.

Kyriakos Kalaitzidis

Traduction : Marcel Pirard

Photos

Vidéos