Chemins au Sommet

Trésors retrouvés de la tradition savante persane

Chemins au Sommet met en lumière un moment méconnu de la culture persane, celui de l’ère Safavide (1501-1736), époque de la grande migration des musiciens iraniens vers les centres culturels voisins ottomans et byzantins.

Etabli sur un travail de recherche amorcé il y a plusieurs années par Kiya Tabassian, Ziya Tabassian et Kyriakos Kalaitzidis, Constantinople redessine ici le parcours migratoire des œuvres musicales annotées et ainsi préservées par des compositeurs iraniens entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Les manuscrits reposaient depuis des siècles dans les bibliothèques de palais et de monastères grecs et turcs, témoignant pourtant de l’influence de la musique persane dans ces aires culturelles, faisant état de la richesse des échanges existant entre les musiciens de l’époque. Incontestablement, ces sources nous ouvrent les chemins d’une meilleure compréhension de la musique savante persane et participent à rebâtir le pont brisé entre son passé glorieux et sa pratique contemporaine.

Bien qu’écrites dans le système mâqami, ces compositions comportent des phrasées musicaux et des développements formels qui ont une forte couleur persane ; elles reposent également sur d’anciens et complexes cycles rythmiques qui ont depuis disparu de la musique dastgâhi (XIXsiècle); elles nous dévoilent enfin la pratique des vocalises taranom que nous connaissions seulement en théorie et qui sont en quelque sorte les ancêtres des tahrir que l’on retrouve après XIXe siècle.

D’un immense raffinement, empreints de beauté, ces bijoux musicaux redécouverts nous offrent à entendre la musique telle qu’elle était jouée à la cour des souverains safavides. Les tableaux et les fresques des palais d’Ispahan (notamment au Chehel Sotoun du Shah Abbas II), évoquaient cette musique sous forme visuelle.

Ces œuvres musicales reprennent ainsi vie après des siècles de silence grâce au programme porté par quelques-uns des meilleurs musiciens iraniens accompagnés d’interprètes largement reconnus en Turquie et en Grèce. Une collaboration qui n’est pas sans rappeler la richesse des collaborations interculturelles de l’époque safavide durant laquelle les pièces exécutées ont été créées.

 

QUELQUES PIÈCES AU PROGRAMME

Pishrow RAST, Osul Nim Saqil (24 temps), Acemler (1500-1550), Cantemir Collection #308

GOLESTAN, Pishrow PANJ-GÂH, Osul Duyek (8 temps), Acemler (1500-1550), Cantemir Collection #27

Pishrow BAYATI, Osul Duyek (4 temps), Acemler (1500-1550), Cantemir Collection #286

Pishrow NAVA, Osul Dowr-e kabir (14 temps), Acemler (1500-1550), Cantemir Collection #52

Naqsh DAR BAZME DEL, NOWROUZ-E AJAM, Osul Hafif (32 temps), Anonyme, MSS s 314

Pishrow Bayati, Osul Duyek, Acemler (1500-1550), Cantemir Collection # 100

TASNIF, Segah, Osul Mokhammes (16 temps), Abdol Ghâder Marâghi (1353-1435), Codex 259 Monastère de Leimonos (daté 1572) *

KUME ACAM, Pishrow MOHAYER, Osul Duyek, Acemler (1500-1550), Cantemir Collection #37/ MSS S 72, 73

SABA BE TAHNIYATE PIRE MEY FOROUSH AMAD, Semai OSHAQ, Anonyme, MSS S 136

CHESHME MAST, HUSEYNI Agir Semai (10 temps), Shishtari Murad (-1688)

Pishrow DOGAH HUSEYNI, Osul Saqil (48 temps), Shah Gholu Gheychaki, MSS s 44, 45

KUH-PAREH, Pishrow HESSAR, Osul Duyek, Agha Mo’men (c.1525-1600), Cantemir Collection #163

Samai HEJAZ, Osul Semai (6 temps) Anonyme Cantemir Collection #255

 

Sources : 

CC : Cantemir Collection, Dimitrius Cantemir (1673-1723)

MSS : Macmua-i Saz u Suz Ali Ufki Bobowski 

Codex 259 Monastère de Leimonos, Ile de Lesbos, Grèce (daté 1572)

 

* Transcription de Dr. Thomas Apostopoulos 

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